Vous vivez avec des migraines récurrentes et vous avez l’impression de passer votre temps à éteindre des incendies plutôt qu’à les prévenir ? Médicaments, siestes forcées dans le noir, annulation de sorties… Et si une partie du travail se jouait avant même que la crise n’apparaisse ?
Dans cet article, je vous propose une approche globale : comprendre ce qui se passe dans votre corps, voir comment l’ostéopathie peut aider à réguler certains facteurs mécaniques et neurovasculaires, et surtout, mettre en place une hygiène de vie ciblée pour réduire la fréquence et l’intensité des crises.
Comprendre la migraine pour mieux la prévenir
La migraine n’est pas un « simple mal de tête ». Il s’agit d’un trouble neurologique complexe, souvent génétique, caractérisé par une hyperexcitabilité du système nerveux. Concrètement, votre cerveau réagit souvent trop fort à certains stimuli : lumière, bruit, odeurs, variations hormonales, stress, certains aliments, manque de sommeil…
Les migraines se manifestent par :
- une douleur souvent pulsatile, d’un seul côté de la tête ou bilatérale,
- des nausées, parfois des vomissements,
- une hypersensibilité à la lumière (photophobie) et aux sons (phonophobie),
- parfois une aura visuelle, des fourmillements, des difficultés à parler ou à se concentrer.
On ne « guérit » pas une prédisposition migraineuse comme on éteint un interrupteur. En revanche, on peut souvent faire baisser le « volume de fond » du système nerveux et réduire sa réactivité. C’est là que l’ostéopathie et l’hygiène de vie deviennent intéressantes.
Pourquoi s’intéresser à l’ostéopathie en cas de migraines ?
L’ostéopathie ne prétend pas remplacer un suivi médical (notamment neurologique) lorsque celui-ci est nécessaire, ni se substituer aux traitements médicamenteux de fond ou de crise prescrits par votre médecin. En revanche, elle peut agir sur plusieurs leviers mécaniques et fonctionnels qui contribuent à entretenir un terrain migraineux.
Chez beaucoup de patients migraineux, on retrouve des éléments associés :
- tensions musculaires importantes au niveau de la nuque, des épaules, de la mâchoire,
- mauvaises postures prolongées (télétravail, écrans, conduite),
- antécédents de chutes, coups du lapin, chocs sur la tête,
- stress chronique, sommeil perturbé, respiration haute et rapide.
Ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls une migraine, mais ils contribuent à « charger la barque ». L’ostéopathie vise à décharger certains de ces systèmes pour rendre votre organisme moins vulnérable aux déclencheurs.
Comment l’ostéopathie peut-elle agir sur les migraines ?
En consultation, l’ostéopathe va d’abord chercher à comprendre votre histoire : âge d’apparition des migraines, fréquence, circonstances déclenchantes, antécédents médicaux, examens déjà réalisés (IRM, scanner, bilan sanguin…). Cette étape est essentielle pour s’assurer qu’un avis médical reste la priorité en cas de symptômes inhabituels ou inquiétants.
Ensuite, le travail va généralement se concentrer sur plusieurs zones clés.
La nuque et le crâne : décharger les tensions cervicales
La région cervicale (les vertèbres du cou) est un carrefour vasculaire et nerveux important. Des tensions musculaires ou articulaires peuvent entretenir un état d’hypervigilance du système nerveux et favoriser des céphalées de tension, qui chez certains patients se surajoutent aux migraines.
L’ostéopathe peut intervenir en douceur sur :
- la mobilité des vertèbres cervicales,
- les muscles profonds du cou, souvent contractés chez les personnes qui passent beaucoup de temps devant un écran,
- les attaches musculaires à la base du crâne, zone fréquemment douloureuse au toucher chez les migraineux.
En améliorant la mobilité et en diminuant les tensions, on peut parfois réduire la fréquence des « journées à la limite de la crise », ces journées où la tête est lourde, tendue, mais où la migraine ne s’exprime pas pleinement… ou pas encore.
La mâchoire et l’articulation temporo-mandibulaire (ATM)
Bruxisme (serrement des dents, grincements nocturnes), mâchoire « carrée » en fin de journée, douleurs devant l’oreille, claquements à l’ouverture de la bouche… Tous ces signes peuvent traduire une sursollicitation de l’articulation temporo-mandibulaire.
Cette zone est très richement innervée et proche de structures impliquées dans la douleur crânienne. Une ATM très tendue peut devenir un facteur aggravant pour certaines migraines.
Un travail ostéopathique peut inclure :
- des techniques externes sur les muscles de la mâchoire et du cou,
- parfois des techniques intra-buccales (douces, réalisées avec des gants),
- des conseils associés sur la posture, la gestion du stress, voire l’orientation vers un dentiste si une gouttière est nécessaire.
Le système nerveux autonome : calmer le « fond de bruit »
Beaucoup de migraineux vivent en « mode alerte » permanent : tension intérieure, difficultés à déconnecter, sommeil peu récupérateur. On parle ici du système nerveux autonome, qui régule la balance entre le système sympathique (action, fuite, stress) et parasympathique (repos, récupération, digestion).
En ostéopathie, certaines techniques (sur le crâne, le thorax, le diaphragme, l’abdomen) visent à favoriser un meilleur équilibre de ce système. L’objectif n’est pas de vous « endormir » mais de réduire l’hyperréactivité de fond qui facilite le passage à la crise dès qu’un déclencheur s’ajoute.
À quoi ressemble une prise en charge ostéopathique pour migraines ?
En pratique, la prise en charge va varier selon votre profil, mais on retrouve souvent quelques grandes lignes :
- Un premier bilan complet pour comprendre votre rythme de crises, vos examens déjà réalisés, et vérifier l’absence de signes d’alerte justifiant une consultation médicale prioritaire.
- Un travail initial sur 2 à 3 séances espacées de quelques semaines pour « poser le terrain » (nuque, crâne, mâchoire, thorax, digestion, respiration…).
- Des séances d’entretien à une fréquence adaptée à votre évolution (par exemple, tous les 2 à 3 mois), souvent associées à des ajustements de votre hygiène de vie.
L’ostéopathie n’est pas une baguette magique : l’objectif réaliste est souvent de diminuer progressivement la fréquence, l’intensité ou la durée des crises, ou de mieux contrôler les périodes où les migraines ont tendance à s’enchaîner.
Hygiène de vie et migraines : les leviers les plus utiles
La bonne nouvelle, c’est que vous avez une part active à jouer. Quelques ajustements bien ciblés peuvent parfois faire autant, voire plus, qu’un changement de traitement. L’important est d’identifier les leviers pertinents pour vous, car tous les migraineux ne réagissent pas aux mêmes facteurs.
Stabiliser le sommeil : éviter les « montagnes russes »
Le cerveau migraineux aime la régularité. Les gros écarts de rythme de sommeil (se coucher très tard certains jours, faire la grasse matinée d’autres, accumuler les nuits courtes puis « rattraper » le week-end) peuvent être de puissants déclencheurs.
Quelques repères pratiques :
- Viser des horaires de coucher et lever relativement stables, y compris le week-end.
- Éviter les écrans lumineux juste avant de dormir (ou utiliser un filtre lumière bleue et baisser fortement la luminosité).
- Limiter la caféine après 16h si vous êtes sensible.
- Mettre en place un rituel de pré-sommeil simple (lecture calme, étirements doux, respiration lente).
Adapter l’alimentation sans tomber dans l’obsession
On entend souvent tout et son contraire sur l’alimentation et les migraines. Certains aliments sont effectivement connus comme déclencheurs possibles chez une partie des patients : alcool (surtout vin rouge), fromages fermentés, charcuteries, chocolat chez certains, glutamate, excès de café ou au contraire arrêt brutal, jeûne prolongé…
L’objectif n’est pas de vous mettre au régime frustrant, mais d’identifier vos propres sensibilités. Pour cela, un journal de bord est souvent plus utile que des listes trouvées sur internet.
Vous pouvez noter, sur quelques semaines :
- vos repas principaux et collations,
- votre consommation de café, thé, alcool,
- vos horaires de repas (y a-t-il des longues périodes sans manger ?),
- la survenue des migraines (jour, heure, contexte).
Deux autres points méritent une attention particulière :
- L’hypoglycémie relative : certaines personnes déclenchent plus facilement une migraine lorsqu’elles sautent un repas ou restent longtemps sans manger. Des repas plus fractionnés, avec un apport en protéines et en bons lipides, peuvent stabiliser la glycémie.
- L’hydratation : la déshydratation est un déclencheur sous-estimé. Viser 1,5 à 2 litres d’eau par jour (à adapter selon votre gabarit et votre activité) peut déjà faire une différence.
Posture, écrans et tensions musculaires
Si vous travaillez beaucoup sur écran ou sur un téléphone, votre posture quotidienne mérite une vraie attention. Nuque en avant, épaules relevées, dos voûté, regard fixé… Cette position, maintenue des heures, entretient un état de tension quasi permanent, particulièrement défavorable sur un terrain migraineux.
Quelques pistes concrètes :
- Remonter l’écran à hauteur des yeux (ajouter un support, des livres, ou utiliser un écran externe).
- Utiliser une chaise réglable, avec les pieds bien en appui au sol, les avant-bras soutenus.
- Faire des micro-pauses toutes les 45–60 minutes : se lever, bouger les épaules, effectuer quelques rotations de tête douces, regarder au loin par la fenêtre.
- Limiter autant que possible l’utilisation du téléphone la tête penchée (le fameux « tech neck »), ou le tenir plus haut.
L’ostéopathie peut aider à corriger certains déséquilibres, mais si la posture quotidienne reste très agressive, les bénéfices seront forcément limités dans le temps.
Activité physique : trouver le bon dosage
L’exercice physique régulier est un puissant allié : il améliore la circulation, régule le sommeil, diminue le stress et favorise une meilleure régulation de la douleur par le système nerveux. Cependant, chez certains migraineux, les efforts intenses ou brutaux (sprints, charges très lourdes, sports très explosifs) peuvent déclencher une crise.
L’idée est donc de trouver un juste milieu :
- Privilégier les activités d’endurance modérée : marche rapide, vélo, natation, danse, course à intensité modérée.
- Augmenter progressivement la durée et l’intensité, plutôt que de démarrer trop fort.
- Veiller à bien s’hydrater avant, pendant et après l’effort.
- Éviter les séances très intenses à jeun si vous êtes sujet aux migraines déclenchées par les variations de glycémie.
Stress, respiration et système nerveux
Le stress ne « cause » pas toutes les migraines, mais il est un facilitateur majeur. On ne peut pas toujours changer la source de stress (travail, famille…), mais on peut travailler sur la manière dont le corps y répond.
La respiration est un levier simple et puissant. Beaucoup de migraineux respirent de manière haute et rapide, ce qui entretient un état de vigilance. À l’inverse, une respiration plus lente, ample et abdominale stimule davantage le système parasympathique, celui de la détente et de la récupération.
Par exemple, la cohérence cardiaque est un exercice souvent intéressant à tester :
- Inspirez par le nez pendant 5 secondes,
- Expirez par la bouche ou le nez pendant 5 secondes,
- Continuez 5 minutes, 2 à 3 fois par jour si possible.
Ce type de pratique peut s’intégrer en fin de journée, avant le coucher, ou même pendant une pause au travail. Certains patients constatent qu’en pratiquant régulièrement, les périodes de stress intense déclenchent moins facilement de crises.
Spécificités hormonales chez la femme
Chez de nombreuses femmes, les migraines sont étroitement liées au cycle hormonal : migraines prémenstruelles, autour de l’ovulation, lors de la mise en place ou de l’arrêt d’une contraception, durant la grossesse ou la périménopause.
Dans ces cas-là, le travail consiste souvent à :
- Identifier précisément les périodes à risque dans le cycle.
- Renforcer l’hygiène de vie et les mesures de prévention quelques jours avant (sommeil, hydratation, alimentation plus stable, gestion du stress).
- Adapter la prise en charge ostéopathique autour de ces périodes, par exemple en vous revoyant en amont d’une période habituellement difficile.
- Échanger avec votre médecin ou gynécologue au sujet de la contraception et des options possibles si les migraines sont clairement hormonodépendantes.
Mettre en place une stratégie globale : le rôle du journal de migraines
Pour beaucoup de patients, le véritable tournant survient lorsque l’on arrête de subir les crises une par une, pour adopter une vision plus globale. Un outil simple, mais très efficace, est le journal de migraines.
Vous pouvez y noter :
- la date et l’heure de début et de fin de la crise,
- l’intensité de la douleur (sur 10),
- les symptômes associés (nausées, aura, hypersensibilité…),
- ce que vous avez mangé et bu dans les 24h précédentes,
- la qualité de votre sommeil la veille,
- votre niveau de stress ces derniers jours,
- chez les femmes, la phase du cycle.
Au bout de quelques semaines ou mois, des patterns émergent souvent : « Je déclenche très souvent après une journée très tendue + une mauvaise nuit » ou « Les vins rouges sont presque systématiquement suivis d’une crise » ou « Les migraines arrivent surtout en fin de semaine »…
Ce journal est aussi un excellent support de discussion avec votre ostéopathe et votre médecin : il permet d’ajuster au mieux les séances, l’hygiène de vie et, si besoin, les traitements médicamenteux.
Quand consulter un médecin en priorité ?
L’ostéopathie et l’hygiène de vie sont des compléments intéressants, mais ils ne remplacent jamais un avis médical lorsque certains signes apparaissent. Il est important de consulter rapidement un médecin (ou les urgences) si :
- vous présentez une céphalée brutale, d’intensité maximale en quelques secondes ou minutes (la « pire de votre vie »),
- la douleur s’accompagne de fièvre, raideur de nuque, éruption cutanée,
- vous avez des troubles neurologiques nouveaux (difficulté soudaine à parler, faiblesse d’un membre, paralysie faciale, confusion),
- vos migraines changent brutalement de rythme ou de caractéristiques habituelles,
- vous avez plus de 50 ans et des céphalées apparaissent pour la première fois.
Dans tous les cas, l’idéal est que votre ostéopathe travaille en bonne intelligence avec votre médecin traitant et, si nécessaire, votre neurologue. Chacun a sa place dans une prise en charge globale, complémentaire, et centrée sur votre réalité quotidienne.
Vers des crises moins fréquentes et plus prévisibles
Réduire l’impact des migraines repose rarement sur une seule action isolée. C’est plutôt l’addition de plusieurs petits réglages qui, mis bout à bout, allègent nettement le quotidien : quelques séances d’ostéopathie bien ciblées, une posture corrigée, un sommeil plus régulier, une meilleure hydratation, un repérage des aliments problématiques, une respiration plus calme…
Le but n’est pas de vivre dans la peur permanente de la prochaine crise, mais de reprendre progressivement du contrôle : mieux comprendre votre corps, anticiper les périodes sensibles, et savoir sur quels leviers agir. Avec une stratégie globale cohérente, beaucoup de patients constatent, sur plusieurs mois, une nette diminution de la fréquence et/ou de l’intensité de leurs migraines.
Et si la prochaine étape, pour vous, était justement de mettre en place ce plan d’action personnalisé, en combinant suivi médical, ostéopathie et ajustements de votre hygiène de vie ?